( Les Enfants Du Cha0s ) ?
Peut-être que cette façon d'être nous a toujours été du.
Qu'avait-on comme haine en nous pour qu'on en arrive là? Elle se décuplait cent fois depuis que nous commencions à grandir. Ce n'est pas le mal qu'on nous a fait qui nous a endurcis, c'est la façon dont on le percevait. Mille fois j'ai essayé de me raisonner, d'être plus posée, plus calme. Mille fois j'ai échoué. Alors c'est cela, on ne peut pas changer, changer une nature profonde, cette personnalité incrustée en nous qui ressurgit instinctivement selon la vie qu'on a mené. Selon les choses que l'on a vécues. Selon ce que nous sommes. Tu as toujours su me voir au-delà de cette effervescence quotidienne qui était celle d'être ou de paraître. Tu as su trouver en moi le bien et le mal et les apprivoiser à ta manière. Nait-on pour ce que l'on doit vivre? Meurt-on parce qu'on a pa su le vivre..? J'en doute et pourtant nous avons été enveloppés dans cette sphère cauchemardesque, dans cette quête perpétuelle de raison, de pourquoi , ce trop plein de question. Mais à quoi bon y songer encore tu me dirais. Puis tu recommencerais de toi même à te reposer toutes ces questions auxquelles nous n'avons jamais obtenu de réponses ensemble. Mais ensemble, ça voulait dire quoi? Peut-on seulement définir ce mot? Ensemble. A deux. A nous. Un mélange. Quelle était et demeure encore cette peur irréfutable que nous avions? Ah oui... L'Avenir.
Je te peignais dès fois. Tu ne le remarquais même pas. J'aimais ce contraste entre le paysage alentour et la fureur de ton visage,tes traits obscurcis par la rage, cernés par la tristesse, cette mèche désinvolte qui ornait ton front et se balançait autant que mon pinceau sur la toile. *
Etais-je parvenu à représenter ta personnalité, ton visage ? Avais-je assez creusé les sillons de ta peau pour prétendre t'avoir cerné? Avoir pu dessiner ce que tu étais vraiment ? Ou n'était-ce qu'un croquis figé d'incertitude?. Chaque jour je m'asseyais sur les bancs pâles de l'orphelinat et j'entendais le sifflement du néant. J'étais si jeune. Ici depuis des années, avec toujours l'espoir qu'on viendrait me chercher moi aussi et que j'allais enfin avoir une famille. Quelque chose à quoi m'accrocher. Mais j'ai compris que vivre sans attaches me permettrait de survivre plus longtemps. N'avoir jamais rien à perdre. Nous étions, toi et moi plus encore que les autres, des enfants de la poussière, nous étions en miettes, détruits par l'avenir incertain qui s'offrait à nous, effrités d'avoir été ballotés de mains en mains puis livrés à nous mêmes sans explication.
La Nuit je ne dormais plus. Je faisais d'affreux cauchemars dans lesquels le vide m'aspirait et tu ne venais pas me chercher. Tu ne venais plus. Alors je restais des heures sur mon lit dur comme de la pierre à observer les lumières des maisons voisines s'éteindre les unes après les autres. Les réverbères veillaient avec moi toute la nuit. De temps en temps, je percevais un hululement ou des sifflements provenant de la rue. Le noir m'effrayait, la peur d'être seule profondément incrustée en moi. Mon coeur palpitait, j'avais du mal à respirer, les contours des murs se brouillaient. J'étais terrifiée. Avec du recul, je me demande s'il ne s'agissait que d'angoisses enfantines ou si toute la réalité du monde s'insinuait en moi de la pire façon qu'il soit. Tout n'était que terreur et je pâlissais de voir la nuit tomber. J'étais constamment aux aguets, j'appartenais dès mon plus jeune page au cercle confus des inquiets, des malades et tout le poids de la nuit, le poids obscur de l'infinité m'accaparait. Lorsque j'entendais ta respiration régulière j'étais tétanisée. Tu t'endormais toi aussi , comme les autres, rejoindre ce sommeil que je n'arrivais plus à atteindre. J'étais plus seule que jamais. Je regardais parfois les étoiles, comme abritées d'une cloche de verre qui brillaient dans un ciel d'encre. Quelques avions venaient troubler le silence pesant de la nuit et clignotaient quelques instants avant de disparaître eux aussi on ne sait ou. Je les comptais et cette présence fluorescentes à des milliers de kilomètres me rassurait un moment. Puis le fait de ne plus les distinguer me rendait folle d'angoisse. Je ne saurais exprimer ce qui se bousculait dans ma tête à cette époque, je ne le savais pas moi même. Tout était confus, noir et sinistre. Partir m'a liberée.
En y repensant j'ai mal. Oui, encore aujourd'hui j'ai mal, j'ai le mal de tout. Ce n'est pas une douleur physique , ce n'est pas avoir mal au coeur, non , tout ça se situe bien ailleurs. Toute cette tristesse se loge dans ma mémoire, par bribes de souvenirs. Des flashs d'enfance, des images inutiles qui se glissent en moi et me font si mal encore. Ce sont des souvenirs entassés les uns sur les autres, rangés dans un coin ou la poussière s'accumule, tous ces souvenirs sont comme des objets anciens oubliés sur une étagère. Ils forment une barrière infranchissable que je ne suis jamais parvenue à enjamber. Peut-être n'en avais-je tout simplement pas envie ? Ou pas le courage ? Certaines choses sont inexplicables, certains ressentis indescriptibles. C'est seulement un mélange de mélancolie qui se propage en moi depuis bien des années,peut-être même depuis ma naissance. Etais-je destinée à me questionner sans cesse? A tout analyser et ne rien laisser paraître de ma vraie nature? M'exprimer même m'était devenu difficile. Mes toiles n'ont toujours été qu'une forme abstraite de mes émotions . Moi même ai toujours eu du mal à les interpréter. Nous sommes les seules gardiens de nos âmes fendues, les seuls auteurs de ces morceaux de nous écorchés. Toutes ces choses, je n'aurais jamais osé te les dire en face, jamais je n'aurai pu soutenir ton regard et continuer à parler , à exprimer toute cette haine , cette faiblesse qui émanait de ma personne. Tu n'aurai sans doute rien dit. Peut-être aurais-tu hoché la tête , ou te serais-tu passé une main dans les cheveux de manière songeuse comme tu en avais l'habitude. Je le sais , jamais tu ne te serais permis d'émettre un quelconque jugement face à ce que j'aurai pu t'avouer. Mais qu'en aurais-tu pensé ? J'en aurai été là à me torturer, à tenter de savoir ce que jamais je ne saurais. Ce qu'il y a dans ta tête. Comme tu n'as jamais su ce qui s'y passait dans la mienne. Tout cela peut te paraître absurde, ce ne sont que les écrits d'une idiote. Et pourtant je te vois bien repenser à tout ce que nous avons vécu ensemble, à ces années ou rien n'était impossible, et ou l'on croyait que le monde nous appartenait. On avait juste à s'en saisir, à en recoller les morceaux , tous ces fragments éparses de tout et de rien, toutes ces choses que l'on rêvait de faire et qui ont formé notre aventure. Notre histoire.
.Finalement le seul moyen de te dire ce que je pense de tout ca, c'était de te rendre hommage ici ...Ne lache jamais ta plume